Adrien Saxod
2, Rue de Rumilly
74000 Annecy
N°TVA :

Deuil et Hypnothérapie

21/06/2018

 

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Table des matières

 

1       Résumé introductif. 4

2       Etude : Tourner la page sur les souffrances du passé. 6

2.1        Introduction. 6

2.2        Le deuil c’est quoi ? Pourquoi tourner la page ?. 6

2.2.1         L’origine étymologique. 6

2.2.2         Qui est concerné par cette démarche ?. 7

2.2.3         Pourquoi vivre cette étape ?. 7

2.3        Les étapes psychologiques du processus de deuil 7

2.3.1         Schéma du processus de deuil : 8

2.4        Eclairage psychologique : 8

2.5        Contenu des étapes du processus de deuil : 9

2.5.1         Le choc psychologique : 9

2.5.2         Le déni : 10

2.5.3         La colère : 10

2.5.3.1          Le marchandage : 10

2.5.3.1.1.1     Le marchandage externe : 10

2.5.3.1.1.2     Le marchandage interne ou intérieur : 11

2.5.3.2      Où placer le curseur entre accepter la réalité ou se battre pour la modifier ?. 11

2.5.4         La tristesse. 11

2.5.4.1      La résignation. 12

2.5.5         L’acceptation. 12

2.5.6         Le pardon (si besoin). 13

2.5.7         La construction nouvelle. 13

2.6        Les rites et méthodes spécifiques du deuil 13

2.6.1         Deux méthodes : 14

2.6.1.1          Lise Bourbeau : 14

2.6.1.2          Rhonda Byrne : 14

2.7        D’où provient la souffrance ?. 15

2.8        Y a-t-il des deuils compliqués ou presque impossibles à faire ?. 15

2.9        L’apport de l’hypnose. 16

2.9.1         L’apport de l’hypnose dans le cadre d’une séance : 17

2.9.1.1          L’illusion, qu’est-ce exactement 18

2.9.1.2          Suite de la séance. 18

2.9.2         D’autres façons d’aborder ce challenge : 19

2.9.3         Les applications : 19

2.10     Conclusion. 20

 

1Résumé introductif

 

Chacun d’entre nous a été amené à plusieurs reprises dans sa vie à se mettre en phase avec l’existence d’évènements qu’il n’aurait pas souhaités. Il s’agit du processus de deuil aussi appelé processus pour tourner la page.

Introduction de la thématique du deuil et du fait de tourner la page.               Dans la première partie : Nous verrons l’origine étymologique du mot « deuil » et de l’expression « faire son deuil ». Cette étymologie montre le lien direct entre le deuil et la souffrance. Le sens du mot a varié au cours des siècles et l’expression « faire son deuil » est apparue plus récemment.  Puis nous nous interrogerons sur la nécessité de vivre une telle démarche, ainsi que sur ce qu’elle apporte. En effet il est nécessaire de vivre cette démarche pour tourner la page sur les souffrances du passé et mieux vivre au présent. C’est une libération d’avec des liens toxiques qui empêchent la personne concernée de vivre sa vie pleinement. Je préciserai également les différentes étapes du processus qui sont au nombre de sept : le choc, le déni, la colère, la tristesse, l’acceptation, le pardon (facultatif) et la construction. Puis nous passerons par un éclairage psychologique afin de bien distinguer le deuil du deuil pathologique qui demandera un autre type de suivi. Nous étudierons ensuite une à une toutes les sept étapes. Nous nous poserons également cette question : Où placer le curseur entre accepter la réalité et se battre pour la modifier ? En effet, certaines personnes sont capables de retourner une situation par leur persévérance. Si elles avaient trop vite abandonné cela n’aurait pas pu se produire. Nous prendrons l’exemple de Dany Dan Debeix qui marche aujourd’hui, ce qui va à l’encontre de tous les pronostics de l’époque de son accident. Ainsi il nous faudra nous arrêter quelques instants sur les croyances limitantes. Toute croyance va influer sur le fait de croire encore que les choses peuvent redevenir comme avant ou alors de tourner la page. Nous continuerons ensuite par un crochet vers les rites funéraires afin de voir qu’ils sont une aide précieuse pour aller de l’avant. Puis vers deux méthodes pour faire son deuil dans la vie de tous les jours. Celle de Lise Bourbeau qui se résume ainsi : 1/ S’accepter tel que l’on est, c’est-à-dire accepter pleinement l’émotion qui a lieu sans jugement ; 2/ Observer cette émotion qui m’habite ; 3/ Mettre des mots dessus, découvrir son sens ; 4/ Accepter ce sens des choses, le faire sien ;  5/ Libéré par l’acceptation il est possible alors de construire à partir de là. Et celle de Rhonda Byrne : « Si vous vous sentez triste, déçu, frustré ou que vous éprouvez tout autre sentiment négatif, vous voyez alors le monde à travers ce champ magnétique de sentiments, et ce monde vous paraîtra rempli de tristesse, de déception ou de frustration. Vous ne pouvez rien voir de bon à travers un champ magnétique de mauvais sentiments. Non seulement ce champ négatif attire-t-il davantage de négativité dans votre vie, mais vous ne verrez jamais de solutions à vos problèmes tant que vous ne changerez pas la façon dont vous vous sentez. Changer d’état d’esprit est beaucoup plus facile que de se débattre pour modifier les circonstances qui prévalent dans le monde extérieur. Aucune intervention physique ne pourra changer la situation. Modifiez vos sentiments et les circonstances extérieures changeront ! » Ensuite nous nous interrogerons sur la provenance de la souffrance. Est-elle extérieure ou intérieure au sujet ? En montrant qu’elle est intérieure nous pouvons dire que la personne peut la laisser partir en changeant d’état d’esprit. Enfin, nous parlerons de deux cas rares pour lesquels il est difficile de mener un travail de deuil. Le premier réside dans le mensonge qui peut entourer un évènement. Le décès d’un proche qui n’est pas dit. Le mensonge réside dans le fait de dire que la personne décédée est en fait partie et ne donne plus de nouvelles. Le second cas est celui de la perte de quelqu’un mais sans certitudes. Comme par exemple dans le cas de la disparition d’un navire en mer.

Dans la deuxième partie : nous verrons l’apport de l’hypnose pour mieux pouvoir tourner la page sur les souffrances du passé. Une bonne manière de montrer l’apport de l’hypnose est d’aller dans le concret. Nous le ferons en suivant le déroulement d’une séance d’hypnose allant de l’anamnèse à la sortie de l’état hypnotique. En hypnose chaque moment prend un sens. Lors de l’attraction arrière la personne se voit attirée en arrière et saisit que dans sa vie elle s’est trop souvent laissée attirer par son passé. Par l’attraction avant elle comprend que son mental peut, si elle le décide, se laisser attirer vers un avenir meilleur. Ainsi ce test de rapidité hypnotique est par lui-même une suggestion. En une heure et demi de séance d’hypnose le praticien pour faire passer une multitude de suggestions. Ces suggestions sont le moteur du changement en hypnose. Elles permettent d’accueillir une autre façon de voir les choses et donc elles favorisent le changement positif. La détente neuromusculaire que provoque l’hypnose permet d’augmenter la réceptivité du patient et favorise ainsi sa suggestibilité. Nous approfondirons aussi ce qu’est l’illusion qui fait souffrir. Dans le processus de deuil il y a logé quelque part une illusion, une représentation idéalisée. Par exemple l’image idéalisée d’une précédente situation professionnelle. Nous approfondirons cette illusion afin de mieux la cerner. Nous creuserons encore en approchant d’autres façons de relever le défi du deuil par d’autres techniques imaginatives sous hypnoses : discussion dans une pièce avec une personne décédée, dissociation d’avec le problème pour mieux s’en séparer, et modification des sub-modalités. Enfin, avant de conclure nous regarderons les principaux lieux d’application du processus de tourner la page.

Le deuil

2Etude : Tourner la page sur les souffrances du passé

 

2.1Introduction

Tourner la page est une expression métaphorique utilisée aujourd’hui. Que signifie-t-elle exactement ? La comparaison met en relation quelque chose que l’on peut vivre dans la vie, ou justement ne pas vivre, avec l’image d’une page d’un livre que l’on tournerait. Prendre entre ses doigts une page et la tourner fait qu’on n’a plus accès à ce que l’on voyait précédemment. Pour revenir à ce que l’on avait sous le nez il faudrait faire l’effort de tourner cette page dans l’autre sens. Ainsi, une fois la page tournée, on est comme affranchi des pages précédentes. Une expression semblable pour un auditif serait de passer à la piste audio suivante. Le même processus se mettrait en place. Les mots qui résument cette expression sont les mots : acceptation et deuil. Ils peuvent avoir un sens différent ou être utilisés comme synonyme.

 

Première partie

 

2.2Le deuil c’est quoi ? Pourquoi tourner la page ?

 

2.2.1L’origine étymologique

L’origine étymologique du « mot deuil dérive du latin « dolus », « dolere »qui signifient souffrir. Il désigne, au Xe siècle, la douleur ou l'affliction que l'on éprouve lors de la mort d'un proche. Au XVe il désigne aussi le décès, la perte d'un être cher. Il aura également plus tard divers sens plus ou moins figurés, tous liés à la mort ou à une grande tristesse. »[1] On trouve aussi dans la première moitié du XIXe siècle l’apparition de notre expression « faire son deuil » qui ne s'applique d'abord qu'à une chose -qui peut disparaître, mais ne meurt pas- avant, bien plus récemment, de s'utiliser aussi à propos d'une personne. »[2] On constate donc un lien fort entre l’acceptation de la perte de quelque chose et la perte d’un proche. Ne plus voir la chose à laquelle on tient, ne plus ressentir une position sociale disparue, ne plus entendre la personne que l’on aimait sont des deuils qui parfois, et ce sont les cas qui nous intéressent, prennent longtemps, voire ne se font pas du tout. La résignation n’en est pas un synonyme car se résigner à ne plus pourvoir partager de bons moments avec quelqu’un c’est quelque part s’obliger, s’imposer, se forcer à vivre l’absence, mais une douleur reste latente. Ainsi, l’étymologie et la définition du mot deuil montre qu’il s’agit de tourner la page sur quelque chose dans une certaine souffrance, une émotion désagréable. Accepter quelque chose c’est lorsque ce quelque chose n’est pas tel qu’on l’aurait souhaité. Il est autrement. Cela touche plusieurs niveaux : des éléments envers soi-même, envers quelqu’un d’autre, ou envers quelque chose d’autre. Il y en a au quotidien plusieurs par jours, des plus faciles et des plus difficiles. Un bruit lorsqu’on cherche le silence, l’impression de ne pas avoir agi comme il aurait fallu, une remarque désagréable, un refus de priorité sur la route... Certaines acceptations sont plus graves : perte d’une position sociale, perte d’un travail, départ d’un conjoint… perte de la santé, maladie, handicap… et enfin d’autres sont en lien avec la vie ou la relation à quelqu’un que l’on aime : décès, départ d’un enfant à l’étranger pour toujours...

 

2.2.2Qui est concerné par cette démarche ?

            Qui est concerné par cette démarche ? Tout le monde, petits et grands, jeunes et vieux, il n’y a pas d’âge pour vivre de petites étapes d’acceptation ou un plus grand deuil.

 

2.2.3Pourquoi vivre cette étape ?

            Pourquoi vivre cette étape ? L’objectif du fait de tourner la page, de faire son deuil et d’accepter c’est de ne plus ressentir un flot d’émotion en pensant à l’objet, la personne ou la situation disparu. C’est d’enfin passer à autre chose si la situation dure depuis longtemps. J’ai récemment accompagné Céline[3] qui 5 ans auparavant avait extrêmement mal vécu ses vacances en famille en Normandie. Elles avaient été un vrai désastre m’a-t-elle dit. Elle en gardait un affreux souvenir et depuis ce jour elle en voulait à son mari. Elle y pensait souvent et cela avait induit un changement dans leur couple. Sa libido avait fortement été impactée m’a-t-elle dit également. Elle avait rêvé à de belles vacances en famille et tout a été gâché. Son mari l’avait quasiment contrainte à aller faire du bateau au lieu de faire l’activité prévue, elle avait alors été très malade, avait vomi et depuis ses vacances sentent le vomi. Les vacances idéales trottent dans sa tête comme une chimère mentale qui l’empêche de vivre sa vie d’aujourd’hui libérée du poids du passé. Tourner la page a été pour elle l’occasion de vivre un présent confortable orienté vers un avenir nourri de nouveaux projets !

 

2.3Les étapes psychologiques du processus de deuil

 

Tourner la page revêt un fort caractère psychologique. Il y a des étapes successives d’états internes qui s’enchainent. Quelles sont ces étapes ?

Les différents pas sont les suivants :

 

 

 

1/ Le choc psychologique

2/ Le déni

3/ La colère

            31/ Le marchandage et la réparation

4/ La tristesse

            41/ La résignation

5/ L’acceptation

6/ Le pardon (si besoin)

7/ La construction nouvelle

 

 

2.3.1Schéma du processus de deuil :

 

 

 

 

2.4Eclairage psychologique :

Avant de commenter chaque étape un éclairage psychologique plus approfondi est nécessaire. En ce qui concerne le deuil d’un être cher le Larousse médical précise :

Le deuil est un « état de choc émotionnel provoqué par la perte d'un être cher.

Le décès d'un proche provoque habituellement une réaction de désarroi (tristesse, douleur morale, difficulté à se reporter sur un nouvel objet d'amour) considérée comme normale et que les rites sociaux contribuent à apaiser. Normalement, le sujet surmonte sa détresse en procédant à un travail psychique, dit travail de deuil, qui consiste à se détacher affectivement de l'être perdu tout en préservant son souvenir.

Lorsque la nature et la durée des symptômes se révèlent disproportionnées (dépression et anxiété persistantes, délire, tentative de suicide), on parle de deuil pathologique. Celui-ci peut révéler un problème psychique sous-jacent (trouble de la personnalité). L'absence de deuil chez une personne peut être naturelle, et doit être considérée au regard de ses relations avec le défunt. Cet état est cependant parfois pathologique, (trouble psychotique grave, trouble majeur de l'humeur ou de la personnalité).

« Faire son deuil » est devenu une expression populaire. Ne pas pouvoir faire son deuil signifie qu’il existe un obstacle lié à un contexte exceptionnel (catastrophe naturelle, accident, meurtre, etc.).

Les psychanalystes allemands, Karl Abraham (1912), et autrichien, Sigmund Freud (1916) ont établi un lien entre le deuil et la mélancolie (dépression majeure, mettant en jeu le pronostic vital) : dans les deux cas, le patient s'identifierait à un objet imaginaire aimé et détruit par sa faute, dont il expierait inconsciemment la perte. »

            Ainsi il est important pour le praticien en hypnose de vérifier auprès du patient s’il est en situation de troubles psychologiques graves avant d’aller plus avant dans une séance. Il s’agit de demander à la personne si elle bénéficie d’un suivi psychologique, et/ou de sentir s’il elle n’a pas une tendance psychotique afin de pouvoir, le cas échéant, réorienter la personne vers un psychologue ou psychiatre.

            Le deuil consiste donc à « se détacher affectivement de l'être perdu tout en préservant son souvenir. » Cette définition peut laisser penser qu’il faille « absolument » préserver le souvenir. Mais qu’est-ce que cette affirmation signifie ? Faut-il être en capacité d’y penser tous les jours ? Faut-il que le souvenir soit proche et facile à rappeler ? Faut-il simplement y penser de temps à autre ? Je pense que cela dépend de la personne envers qui le deuil est fait et des relations positives ou désagréables qu’il y avait entre les parties. En effet il ne me semble pas nécessaire qu’il faille a tout prix conserver le souvenir d’une personne avec qui la relation était négative. Tourner la page c’est aussi parfois laisser aller dans l’oubli les souvenirs qui ne nous font pas du bien.

            Le Larousse précise encore : « Ne pas pouvoir faire son deuil signifie qu’il existe un obstacle lié à un contexte exceptionnel (catastrophe naturelle, accident, meurtre, etc.). » C’est donc précisément pour cela qu’il faut étudier plus en détail les étapes du processus de deuil. Et j’ajouterai qu’il n’est pas nécessaire que le contexte soit si exceptionnel que cela pour que quelqu’un soit bloqué à une étape du processus. Le décès d’un enfant ou d’un parent peut faire que le deuil se révèle très délicat à faire.

            Ne pas tourner la page c’est quelque part vouloir remettre les choses comme elles étaient auparavant. Réparer une situation. Par exemple quelqu’un qui aurait perdu la faculté de marcher, après bien sûr avoir tout essayé pour remarcher, qui passerait le plus clair de son temps, nostalgique de l’époque où il marchait, sans cesse tourné vers le passé, espérant secrètement une réparation, espérant retrouver ce « paradis perdu », et bien cette personne serait bloquée car elle aimerait remettre les choses comme elles étaient auparavant. La vie devient circulaire vers l’arrière, en tension vers le passé, en boucle fermée sans échappatoire apparent, triste et grise. Alors que celui qui a tourné la page se retrouve bien dans le présent de sa vie et de là il peut regarder devant lui, la tête haute et aller de l’avant, marcher à son nouveau rythme, bénéficier du tonus qui correspond à sa vie d’aujourd’hui.

Précisons maintenant le contenu de chaque étape et ce qu’elles sont

 

2.5Contenu des étapes du processus de deuil :

2.5.1Le choc psychologique :

 

Il s’agit du moment où il se passe quelque chose de grave et qui parfois est complètement inattendu. Un être aimé décède. La perte d’un travail que l’on voulait garder. La perte d’un objet de valeur telle une bague de mariage par exemple. Dans le cas de choc très violent la personne peut ne même pas réaliser ce qu’il se passe. J’ai accompagné en séance une dame qui par un bel après-midi ensoleillé était allée se balader avec son petit chien. Et son chien c’est tout ce qu’elle a. Elle a bien aussi une fille mais elle n’est plus à la maison avec elle. Alors qu’ils avaient traversé le petit pont qui menait au parking, un autre chien s’y trouvait. Elle a alors lâché son chien pour qu’il joue avec cet autre petit animal. Il a sauté une petite barrière et ils ont joué un moment. Au moment de partir, lorsqu’elle voulut rappeler son petit chien il était tout excité et au lieu de venir tout simplement il continuait à jouer. Elle s’approcha de lui et il voulut jouer avec elle. En jouant il fit un bon en arrière juste devant les yeux de sa maîtresse et atterrit sur la route. Malheureusement pile au moment où passait une voiture. La voiture l’a écrasé. Il n’était pas mort sur le coup. La dame l’a pris dans ses bras. Le chien affolé l’a même mordu. Mais elle était complètement déconnectée de la réalité à ce moment-là. Elle lui disait que ça allait aller. Qu’il allait rentrer à la maison. Et puis le chien est mort dans ses bras et la scène s’est gravée dans son cerveau. Ce que cette dame avait le plus de mal à assumer par la suite ce n’était plus la mort accidentelle de son chien, mais sa réaction au moment de celle-ci. Elle culpabilisait de ne pas l’avoir accompagné comme il aurait fallu. Elle s’en voulait de ne pas avoir réalisé ce qui se passait au moment de l’accident. Elle se reprochait de ne pas avoir accompagné son chien vers la mort avec des mots appropriés. J’ai hésité à plusieurs reprises à classer cet exemple dans la partie 2, celle du déni, car il y a une proximité avec le fait de ne pas y croire. J’ai finalement conclu, car ce sont ses mots, qu’elle n’a simplement pas compris ce qu’il se passait. Personne ne lui a parlé pour lui dire que son animal allait mourir. Tout est allé si vite. Elle était en état de choc et ce choc l’a empêché d’être en phase avec la réalité. Par la suite elle s’est mise à croire que ce n’était qu’un cauchemar, qu’une mauvais rêve et qu’elle allait se réveillé. Elle commençait à nier la vérité de l’évènement.

 

2.5.2Le déni :

 

Le déni se situe donc juste après le choc émotionnel. Cette notion représente une phase ou la personne n’y croit pas. Elle pense : « Ce n’est pas possible, ça n’a pas pu arriver. » Elle peut avoir l’impression d’être dans un rêve, un mauvais rêve, et elle espère qu’elle va bientôt se réveiller. Il y a comme quelque chose qui est de l’ordre de l’impossible, tellement improbable et inattendu. Suivant la nature du choc cette étape peut être plus ou moins longue ou courte. Pour poursuivre avec le même exemple cette femme, quelques minutes plus tard n’y croyait pas. Son animal était là, avec elle, mais c’était comme si quelque chose d’impossible avait lieu. Ça ne pouvait pas être vrai. « Il ne peut pas être mort. » Et pourtant l’esprit doit traverser cette phase pour en sortir afin d’aller vers plus d’adéquation avec les faits, le fait de la mort de son chien. Le fait d’un accident qui laisse pour séquelle un handicap, le fait de la perte d’un emploi, le fait d’une lourde perte financière, le fait de la faillite d’une entreprise, la perte d’une amitié… A la sortie le « ça n’est pas possible » se transforme alors en « c’est arrivé, » « c’est vrai, » « ça n’est pas un cauchemar, » « je ne le/la reverrai plus jamais. » Et laisse ainsi la place à de nouvelles émotions.

 

2.5.3La colère :

 

La colère est une émotion de combat. Elle est une énergie qui s’élève contre une injustice, du moins un évènement vécu comme tel par l’endeuillé. Elle est un stress de lutte qui pointe du doigt et qui peut même injurier. Quelqu’un peut en vouloir à son patron de l’avoir licencié et s’énerver et même être agressif envers la personne concernée. La colère peut également être dirigée contre soi. Quelqu’un qui n’aurait pas fait mettre la ceinture de sécurité à ses enfants et qu’il y ait un décès suite à un accident peut s’en vouloir à lui-même, être en colère après lui-même de n’avoir pas agi comme il aurait pu le faire. La colère peut encore s’accompagner éventuellement d’une sorte de marchandage.

 

2.5.3.1Le marchandage :

 

Le marchandage se vit pendant l’étape de la colère car c’est là que l’émotion porte à l’action, à faire quelque chose. Le marchandage est une recherche de réparation afin de retrouver l’état initial, c’est à dire, de revenir avant le choc émotionnel, un retour vers le passé en quelque sorte[4]. Il y a deux types de marchandage :

 

2.5.3.1.1.1    Le marchandage externe :

 

Il s’agit d’essayer de convaincre une autre partie de faire marche arrière afin que l’endeuillé puisse retrouver son état initial, celui d’avant le choc. Par exemple négocier avec les responsables de l’armée pour faire revenir un enfant appelé et parti faire une guerre très dangereuse. Il s’agit d’une négociation sur la terre, avec d’autres personnes.

 

2.5.3.1.1.2Le marchandage interne ou intérieur :

Il s’agit de négocier intérieurement avec une entité de type spirituel : Dieu, un ange, un guide, sa bonne étoile, l’univers, une fée… ou avec soi-même. Dans les deux cas, avec un être spirituel ou avec soi-même, la négociation se passe en dialogue interne. La personne essaie d’obtenir quelque chose en contrepartie d’une autre. Comme dans un dernier espoir elle tente l’impossible, une négociation incroyable. C’est une dernière façon de lutter encore un peu, parfois jusqu’à l’épuisement, avant d’abandonner et tel un navire en pleine mer agitée, de sombrer rapidement ou lentement dans un océan froid de tristesse. Bien sûr, l’intensité de la douleur dépend de l’intensité de la perte. Par exemple une mère qui perdrait son enfant chéri pourrait prier pour qu’il revienne à la vie, en contrepartie de quoi elle ferait ceci ou cela, comme aider plus sa vieille mère. Certains font de grand pèlerinage en espérant un miracle. Etc.

 

2.5.3.2            Où placer le curseur entre accepter la réalité ou se battre pour la modifier ?

            Il se pose à ce moment-là une question cruciale. En effet où placer le curseur ? Quand faut-il cesser de se battre, d’espérer et d’agir ? Effectivement, suite au décès d’un proche il n’y a que le fait, le fait de la mort irréversible à prendre en compte et à accepter au bout du compte. Mais prenons cet exemple : Monsieur Dany Dan Debeix m’avait partagé que suite à son très grave accident de voiture il s’était retrouvé à l’hôpital et on lui avait par la suite annoncé qu’il ne remarcherait plus pour le restant de sa vie. Il s’est dit par la suite que s’il s’en sortait grâce à l’hypnose, ce qui est arrivé, il consacrerait sa vie à l’hypnose, ce qui est arrivé également. Dans ce cas précis une sorte de marchandage interne à lieu et la personne a bien fait, même très bien fait de persévérer.

            Alors comment savoir ? Si l’on s’appuie sur la science certaines choses sont irréversibles et essayer de la changer ne mène à rien. Selon d’autres façons de voir les choses il est possible de changer, par exemple la science actuelle peut dire qu’on ne peut rien faire pour atténuer une douleur, sauf en prenant des médicaments puissants avec de effets secondaires, alors qu’un guérisseur de campagne par exemple peut supprimer la douleur. Je ne me positionne pas ici sur le sujet de ce qui est opportun ou non par rapport au côté médical. D’autres vont faire un travail sur les émotions, et la douleur va partir... Cela nous amène à saisir que les croyances d’une personne ou des personnes qui l’accompagnent, peuvent influencer sur ce qui est possible ou non de faire et la conséquence jaillit sur l’abandon ou non face à un problème donné. M Debeix, selon les médecins aurait dû abandonner et s’y faire, en prendre son parti et se projeter dans un futur avec un corps à mobilité réduite. Or il ne l’a pas fait. Grâce à l’énergie de la lutte et du marchandage il a affronté sa réalité, et l’a transformé ! Il est donc important de prendre en compte les croyances limitantes d’une personne afin de pouvoir la faire avancer lors de séances d’hypnothérapie. Et avec des recadrages, des suggestions, des métaphores... lui permettre d’ouvrir des portes vers une vision nouvelle de ce qui est possible. Néanmoins, le thérapeute à lui aussi ses croyances et il peut être nécessaire qu’une personne endeuillée voit plusieurs personnes afin de se faire un avis. De même, dans le cadre professionnel, faut-il ou non consacrer son temps à retrouver l’emploi perdu ? On ne peut pas répondre à la question sans un cas très précis. En effet je pense qu’il n’y a pas de protocoles types à suivre pour accompagner quelqu’un en hypnothérapie. Il faut s’adapter à chaque cas, prendre le temps de vérifier les faits, le ressenti, les valeurs et les projets avant de se prononcer.

            Néanmoins, lorsqu’une personne commence à abandonner elle passe par la phase suivante :

 

2.5.4La tristesse

« La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tous sens. Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant.[5] » La poésie ou les romans se font souvent l’écho de cet « assourdissement », de la tristesse qui habite pour un temps ou pour longtemps le cœur de l’homme. Cette 4ème étape du processus de deuil est la dernière avant de passer à l’acceptation. La tristesse est une émotion douloureuse. Par rapport à la colère qui porte à pousser à l’action, la peine porte à se replier sur soi, à s’enfermer dans le noir, à déprimer et peut même parfois se transformer en dépression si l’on ne fait rien. La tristesse peut être plus ou moins intense en fonction du degré d’attachement de l’endeuillé avec « l’objet » perdu, le manque affectif est différent selon les cas. Quelqu’un qui découvre par exemple que le départ de son collègue le prive du seul support qu’il avait au travail : « Depuis une semaine qu'il a quitté l'entreprise, je n'ai pas été sensible à son absence et je n'ai pris aucun moment pour m'arrêter à ce que cela me faisait. Mais ce matin j'ai eu besoin de lui... c'est maintenant que je me rends compte que son absence me bouleverse. Et c'est ce matin que je me rends disponible à ressentir ma tristesse devant la perte que son départ représente.[6] » J’ai aussi pu faire une séance d’hypnose pour aider une jeune femme, Marine, à tourner la page sur son accouchement. A peine l’avais-je reçue dans mon cabinet qu’elle évoquait la naissance de son fils il y avait tout juste neuf mois. Elle en pleurait instantanément et à chaque fois qu’elle y pensait dans sa vie cela la bouleversait et l’entrainait dans la tristesse la peine et le chagrin. Voici ce qu’elle avait prévu : d’accoucher dans une position particulière, sur le côté. D’être là bien présente pour accueillir son bébé. Voici ce qui s’est passé : Suite à la perte des eaux 48h se sont passées et même avec un essai de déclenchement cela n’a rien fait. La césarienne a été décidée. L’anesthésie a eu lieu et l’opération a débuté. Malheureusement l’anesthésie a échoué et la douleur de Marine était insupportable. Pourtant le médecin à du continuer car il en allait de la survie du bébé et malheureusement l’anesthésiste a mis très longtemps à revenir. Lorsqu’il est enfin revenu, sans prévenir Marine il lui a octroyé une anesthésie générale. Quelque temps plus tard lorsqu’elle émergea, à demi-réveillée, on lui présenta l’enfant et elle n’a même pas vraiment compris que c’était le sien. Puis elle s’est rendormie. Depuis son rapport à son enfant est un peu spécial et la douleur du souvenir de l’accouchement la plonge sans cesse dans le chagrin. A la fin de la séance elle se sentait bien. Elle m’a dit qu’elle avait l’impression qu’un poids lourd avait quitté ses épaules, qu’elle se sentait allégée. Elle a pu vivre une profonde acceptation et donc passer à l’étape suivante : L’acceptation.

 

2.5.4.1La résignation

Néanmoins, quelqu’un qui n’accepterait qu’à demi-mot, c’est-à-dire qu’il n’accepte pas vraiment la situation, est dans la résignation. Il se résigne à la chose et la vit de façon malheureuse et douloureuse. Il la subit et reste avec de la tristesse.

 

2.5.5L’acceptation

            Accepter la perte quelle qu’elle soit c’est en quelque sorte s’approprier les faits qui se sont passés. Se dire que cela a eu lieu et que c’est le cours de la vie. Dans la vie on constate beaucoup de dualité et tout à un début et une fin. L’acceptation permet un rapport non émotionnel envers le souvenir. Marine peut maintenant repenser à son accouchement sans pleurer. Il a eu lieu c’est tout et c’est bien ainsi, c’est bien simplement parce que ça a eu lieu, parce que c’est ce qui est et que le reste des pensées n’est qu’illusion. Accepter c’est bien vivre la nouvelle situation. Par exemple quelqu’un qui aime le sport et qui suite à un accident de la route se retrouve handicapé des deux jambes. Une fois le deuil fait il retrouve une joie de vivre au présent et peut même faire du sport, sa passion, en handisport avec son énergie de l’instant, sa force nouvelle enrichie de cet apprentissage. Pour accepter il faut couper les ponts avec ce qui aurait dû être et qui n’a pas eu lieu. Il faut détacher les liens qui tournent une personne vers le passé, et il faut qu’elle-même les détache. Afin d’aller jusqu’au bout de l’acceptation il est parfois nécessaire de passer par le pardon.

 

2.5.6Le pardon (si besoin)

Il est bon de pardonner spécialement si l’on a besoin de rester en présence de celui envers qui on a un deuil à faire. Certains courants pensent même qu’il n’est nécessaire que dans cette situation précise. D’autres courants préconisent simplement de tourner la page, de laisser le clash derrière soi et d’aller de l’avant. Néanmoins il me semble opportun de se donner la possibilité de pardonner à l’autre. Le pardon est vu comme un cadeau, une remise de dette, un don supérieur : par-don, par-dessus le don.

Dans quelles directions va le pardon dont il est question ici ? L’erreur serait de le comprendre comme une excuse. C’est à dire que l’on demande soi-même pardon à l’autre pour une raison ou pour une autre. En effet, le deuil est un processus psychologique, il est donc interne au sujet. C’est en soi-même qu’un changement s’opère avant tout. Il s’agit donc de pardonner à l’autre, réel ou même illusionnel, de la souffrance qu’il a apporté à la vie de l’endeuillé. La première direction est celle de l’endeuillé lui-même qui pardonne à l’autre partie. Il garde ainsi la maîtrise de son changement positif. Dans l’exemple vu plus haut des vacances qui se sont mal passées jusqu’au vomissement en bateau, la personne a pardonné dans son for intérieur, sans la présence du conjoint, et donc en conservant la maîtrise et la responsabilité de son état émotionnel, et finalement de son état de santé.

L’autre direction du pardon est dirigée vers soi-même. L’endeuillé peut faire la démarche de se pardonner à lui-même de s’être gâché la vie pendant tout ce temps. Dans un des exemples vu plus haut, celui de l’accouchement idéal, il aurait pu s’agir de se pardonner à soi-même d’avoir gâché neuf mois alors que ces neufs mois étaient plutôt destinés à l’émerveillement de l’arrivée de la vie, du premier enfant.

Alors que le pardon soit donné ou non l’important pour le sujet est d’aller de d’avant. Jacques Derrida écrivait ceci : « Possible ou impossible, le pardon nous tourne vers le passé. Il y a aussi de l'à-venir dans le pardon.[7] » Alors avec ou sans pardon il y a un « à-venir » : la construction !

           

2.5.7La construction nouvelle

            Une fois toutes les étapes précédentes vécues et dépassées alors un nouveau jour se lève pour l’ « ex-endeuillé. » Fini les grosses larmes à l’évocation des faits du passé. Naissance d’une vision nouvelle créée à partir du présent. C’est une joie qui émane tel un printemps après un hiver blanc, rude et froid. C’est une vie qui brille comme les rayons de soleil chaleureux d’un matin de bonheur. A partir de ce moment une construction nouvelle est possible. Elle n’est pas connectée au passé comme une réparation de ce qui a eu lieu mais au présent enrichi de cette expérience. Libéré des chaînes du passé l’ex-endeuillé crée sa vie. Paradoxalement il est possible d’obtenir mieux que ce que l’on recherchait précédemment alors qu’on ne l’attend plus. Il est par exemple possible de faire le deuil d’une silhouette fine et pleine de tonus et par la suite d’obtenir cette silhouette. La différence réside dans le fait la nouvelle silhouette n’est plus cette ancienne silhouette mais une autre silhouette elle aussi fine et pleine de tonus. Une silhouette accueillit dans le présent. Dans le cadre d’un veuvage à l’âge avancé il est alors possible de construire à nouveau une relation avec quelqu’un alors qu’auparavant on croyait cela impossible. Et donc de s’ouvrir à la rencontre au lieu de se replier sur soi et de rencontrer précisément quelqu’un qui pourra partager sa vie.

 

2.6Les rites et méthodes spécifiques du deuil

            Par le terme de « rite » on peut entendre plusieurs choses.

Au regard d’un décès il y a le rite laïc ou religieux lors duquel, quelques jours après le décès, la personne qui a quitté ce monde est accompagnée vers la tombe ou le columbarium. C’est un rite très intense, multiséculaire et présent à travers les différentes cultures du monde. Il y a ensuite la possibilité de se rendre sur les lieux, sur la tombe, au tombeau ou à la niche du columbarium. Ces lieux sont des monuments dédiés au souvenir du défunt. Historiquement le mot monument signifiait « mémoire », il était ainsi le lieu de la mémoire du défunt. Mais « Le mot monument au sens de tombe a disparu de l’usage, sauf dans le vocabulaire des marbriers, et reste réservé au monument au mort, qui a bien la fonction propre qu’indique le mot ; mais nous ne disons plus que la tombe est un monument, parce qu’elle est plus que cela, l’indice d’une présence, comme la partie visible d’un iceberg.[8] »

Par le terme rite on peut aussi entendre au sens large une action ou un processus qui favoriserait le fait de tourner la page. Bien que le deuil se fasse habituellement dans la vie de tous les jours, seul ou avec le soutien des proches il existe néanmoins des processus que l’on peut mettre en œuvre car certaines personnes reste bloquées dans l’une ou l’autre des étapes. Plusieurs méthodes hors hypnose existent. En voici deux, celles de Lise Bourbeau et Rhonda Byrne.

 

2.6.1Deux méthodes :
2.6.1.1         Lise Bourbeau[9] :

Cette méthode est présentée dans le livre « Ecoute ton corps encore ! » avec pour objectif de transformer les émotions gênantes telles que la colère et la tristesse. Il s’agit de se percevoir comme composé de parties différentes qui recherchent des choses différentes. On entre alors dans le schéma de pensée de la thérapie des parties. Lorsqu’une partie prend le dessus la personne en porte le masque et cette partie devient ponctuellement son identité.

Une illustration de cette pensée répandue est bien mise en valeur dans le dessin animé Vice Versa. Les studios Pixar ont créé ce film d’animation qui met en scène les émotions du cerveau sous forme de petits personnages de couleur : joie, peur, colère, dégoût et tristesse. Cependant ce dessin animé omet une partie importante de la réalité : l’absence d’émotion. Il aurait pu intégrer un autre petit personnage n’exprimant pas d’émotion. Une école philosophique de pensée grecque, dont le premier témoin est Démocrite, met en avant la recherche du bonheur par l’absence d’émotion. Il s’agit de l’ataraxie[10] qui correspond à un état interne calme, remplit de quiétude. Vice Versa permet tout de même de visualiser comment une émotion est aux commandes des actions d’un individu.

La méthode de Lise Bourbeau est celle-ci :

1/ S’accepter tel que l’on est, c’est-à-dire accepter pleinement l’émotion qui a lieu sans jugement ; 2/ Observer cette émotion qui m’habite ; 3/ Mettre des mots dessus, découvrir son sens ; 4/ Accepter ce sens des choses, le faire sien ;  5/ Libéré par l’acceptation il est possible alors de construire à partir de là. Le pardon envers l’autre et envers soi-même est aussi à prendre en compte pour bien lâcher tous les liens.

Ce n’est pas une méthode « une fois pour toute » car elle fonctionne avec la répétition. A chaque fois qu’une personne ressent la même émotion elle est appelé à l’accepter, à la laisser vivre. L’acceptation et le temps font le reste et libère la personne.

           

2.6.1.2         Rhonda Byrne[11] :

Cette méthode est présentée dans le livre « Le pouvoir » afin d’entraîner le lecteur à vivre uniquement dans la pensée positive, soit dans l’amour, la gratitude et le jeu. Elle permet de dépasser les émotions négatives. En conséquence on pourrait s’attendre à ce qu’elle fonctionne pour un deuil. Est-ce le cas ? La méthode de Rondha Byrne est celle-ci : « Si vous vous sentez triste, déçu, frustré ou que vous éprouvez tout autre sentiment négatif, vous voyez alors le monde à travers ce champ magnétique de sentiments, et ce monde vous paraîtra rempli de tristesse, de déception ou de frustration. Vous ne pouvez rien voir de bon à travers un champ magnétique de mauvais sentiments. Non seulement ce champ négatif attire-t-il davantage de négativité dans votre vie, mais vous ne verrez jamais de solutions à vos problèmes tant que vous ne changerez pas la façon dont vous vous sentez. Changer d’état d’esprit est beaucoup plus facile que de se débattre pour modifier les circonstances qui prévalent dans le monde extérieur. Aucune intervention physique ne pourra changer la situation. Modifiez vos sentiments et les circonstances extérieures changeront ! » Il me semble que cette dernière façon de faire, qui passe, comme on le lit dans la suite du livre par la gratitude, n’est pas facilement accessible à tout le monde. En admettant que l’on accepte cette façon de voir les choses, je pense que seule une personne déjà entraînée à cette vision du monde peut l’utiliser pour tourner la page sur des évènements très douloureux. En revanche elle est très appropriée pour toutes les acceptations du quotidien car en se concentrant sur ce qu’on veut vraiment on laisse derrière soi les frustrations. Elles sont remplacées volontairement par l’orientation de la pensée vers le positif et le sentiment de joie.

            Ces deux derniers processus peuvent être utiles suivant les cas. Dans quelques lignes nous verrons l’apport de l’hypnose en lien avec le fait de faire son deuil. Je pense que lorsqu’une personne souhaite être accompagnée dans sa douleur il n’y a pas de protocole type et qu’il faut s’adapter suivant le vécu et les croyances de l’accompagnée. Il est cependant possible de voir une séance d’hypnose comme un « rite », en son sens de rituel, qui permet d’ouvrir une nouvelle page dans la vie.

 

2.7D’où provient la souffrance ?

            La souffrance ne vient pas de l’extérieur. Elle vient de notre interprétation des faits. Elle est psychologique. Quelqu’un qui aurait perdu le numéro de téléphone d’une jolie fille qui lui a plu et qui n’a plus aucun moyen de la contacter ni de la retrouver peut en souffrir. Mais la souffrance ne vient pas de la perte de ce bout de papier. Elle vient de la signification que prend cette perte dans la tête de la personne. Qu’attendait-il de cette relation… ? C’est en acceptant les choses telles qu’elles sont qu’il pourra aller de l’avant. Le Dr Jean-Marc Mantel écrit ceci : « Inévitablement vient ensuite la question : notre souffrance vient-elle de la situation extérieure ou souffrons-nous de la manière dont notre mental l’interprète ? Ce passage est primordial, car il permet de passer de la croyance que la source de la souffrance est à l’extérieur de notre être à cette intuition qu’elle puisse être créée par notre propre esprit. C’est ainsi que l’on va du plus loin vers le plus près, l’essence consciente de notre être.[12] » C’est aussi ce que l’on trouve chez Marc Aurèle : « Si un élément externe vous fait souffrir, votre douleur n’est pas causée par cet élément en tant que tel, mais par votre propre jugement de cet élément ; et vous avez le pouvoir d’annuler ceci à tout moment.[13] » Ainsi la souffrance provient du mental, du jugement qu’il émet sur l’élément externe. Les conflits viennent de nos règles internes. De comment nous sentons que les choses doivent être, et de leur non correspondance avec ce qu’elles sont. Voici quelques exemples tirés du quotidien :   Le cours de sport doit commencer à telle heure, il y a déjà 5 min que l’horaire est passé ; Les enfants doivent partir de ce monde après leurs parents ; Il faut faire un maximum d’économie fiscale. Et il se loge une belle nouvelle dans ces citations et dans cette vision des choses : il est possible de modifier ce jugement, notamment par le biais de l’hypnothérapie.

 

2.8Y a-t-il des deuils compliqués ou presque impossibles à faire ?

Oui certains deuils sont très compliqués voire impossible à faire à cause des circonstances. Ces problèmes viennent du fait que l’endeuillé manque d’éléments. Il n’est pas au courant de tous les faits parce qu’il est impossible de les connaître ou parce que quelqu’un fait de la rétention d’informations.

Par exemple, dans le film Je vais bien, ne t'en fais pas, réalisé par Philippe Lioret en 2006, avec comme acteurs principaux Mélanie Laurent, Kad Merad et Isabelle Renauld, on peut regarder l’exemple d’un empêchement au deuil. En effet, une jeune femme pleine de vie rentre de vacances d’Espagne. Son frère jumeau s’est soi-disant engueulé avec leur père et ne donne plus de nouvelles. En réalité il est décédé brutalement et ses parents ont peur de le dire à leur fille. Ainsi ils lui mentent en lui cachant la vérité. Mais la jeune femme va le rechercher, déprimer et être internée jusqu’à ce que le père écrive de fausses lettres pour donner de fausses nouvelles. Là elle va mieux et sort de l’hôpital. Puis elle va se mettre à sa recherche en allant dans les villes d’où sont envoyées les lettres. Il y a d’autres rebondissements mais elle ne saura jamais la vérité et sera amenée à faire le deuil d’une réalité imaginée par ses parents.

Ou encore, il est difficile de faire le deuil lorsqu’on ne peut mettre la main sur le corps car le défunt a disparu. Lors de la disparition d’un navire par exemple : « Faire son deuil d'un marin est hypothétique. Il y manque les sacrements des habitudes et du social. Personne pour lui fermer les paupières. Pas de certificat de décès, juste le journal de bord de l'équipage. Pas de veillée funèbre sinon un bateau tourneboulé qui cercle dans la nuit à sa recherche. Pas de toilette du mort, que les poumons qui se changent en branchies, que les goémons qui tirent vers le fond. Pas de poignée de terre sur le cercueil, pas d'éparpillement des cendres. Aucune pierre tombale, aucun terreau de mémoire, que le vaste océan impossible à lotir en concessions à perpétuité.[14] » Il en va de même lors de la disparition d’un avion. Par exemple la disparition du Boing 777 de la Malaysia Airlines de Mars 2014. « L’avion, qui transportait 239 personnes à bord (227 passagers et 12 membres d’équipage), aurait dévié de son plan de vol initial, sans la moindre explication de la part de l’équipage et s Retour

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